5.1. Ergodicité#
5.1.1. Généralités#
Lorsqu’on veut montrer qu’un signal aléatoire \(X(t)\) est stationnaire (au sens large), il faut vérifier que \(E[X(t)]\) et \(E[X(t)X(t-\tau)\) sont deux quantités indépendantes du temps, ce qui nécessite en pratique de calculer des moyennes statistiques à partir de plusieurs réalisations de \(X(t)\) notées \(X^{(i)}(t)\), \(i=1,...,N\) où \(N\) est le nombre de réalisations (appelées parfois trajectoires) de \(X(t)\). Par exemple pour la moyenne, on peut déterminer la moyenne statistique de \(X(t)\) définie par
avec un nombre de réalisations \(N\) suffisamment grand (pour que \(m(t)\) soit une bonne approximation de \(E[X(t)]\), en vertu de la loi des grands nombres) et vérifier que cette quantité ne fluctue pas trop et peut donc être considérée comme une constante. Mais cette approche nécessite d’avoir à notre disposition plusieurs réalisations de \(X(t)\), ce qui peut être contraignant. Dans les applications pratiques, il est évidemment plus simple de déterminer la moyenne de \(X(t)\) à l’aide d’une moyenne temporelle
à partir d’une seule réalisation de \(X(t)\), où les instants \(t_i\) sont les instants d’échantillonnage de \(X(t)\). La notion d’ergodicité (au premier ordre pour la moyenne, au second ordre pour la fonction d’autocorrélation, …) précise dans quelles conditions on peut estimer la moyenne statistique de \(X(t)\) à l’aide de sa moyenne temporelle \(\bar{X}_T\).
On dit qu’un signal aléatoire à temps continu \(X(t)\) est ergodique au premier ordre si
c’est-à-dire si la moyenne temporelle \(Y_T\) converge vers la moyenne statistique \(E\left[ X(t)\right]\) (qui est indépendante de \(t\) pour un signal stationnaire et sera notée \(m\)). On notera que la limite dans l’équation précédente est calculée au sens de la convergence en moyenne quadratique, c’est-à-dire
On remarquera que si \(X(t)\) est un signal ergodique au premier ordre, alors
et comme cette limite (au sens de la convergence en moyenne quadratique) ne dépend pas de \(t\), le signal \(X(t)\) est nécessairement stationnaire au premier ordre. L’inverse est faux, comme nous le verrons sur certains exemples. La propriété d’ergodicité est donc plus forte que la stationnarité.
5.1.2. Exemples#
Example 5.1 (Le secteur)
avec A=2202, f0=50Hz et θ uniformément répartie sur ]0,2π[. Nous savons que le signal X(t) est de moyenne nulle E[X(t)]=0 et de fonction d’autocorrélation E[X(t)X(t−τ)=A22cos(2πf0τ). Le signal X(t) est donc ergodique au premier ordre si
Mais
donc
et par suite
ce qui prouve que le signal X(t) est ergodique au premier ordre.
Example 5.2 (Le carré du secteur)
où θ est une variable aléatoire uniformément répartie sur ]0,2π[ et A une variable aléatoire de moyenne mA et de variance σA2>0 indépendante de θ. La moyenne de X(t) est alors
Par ailleurs
donc
ce qui prouve que le signal X(t) n’est pas ergodique au premier ordre.
Example 5.3 (Autres exemples)
Amplitude aléatoire
avec V variable aléatoire uniforme sur ]0,V0[ (avec par exemple V0=10 volts).
Modulation du secteur
avec X(t)=Acos(2πf0t+θ) le secteur défini ci-dessus.
5.1.3. Théorème#
Theorem 5.1
Pour un processus aléatoire stationnaire au sens large X(t) de moyenne E[X(t)]=m, de fonction d’autocorrélation
et de densité spectrale de puissance
on a
avec ΔSX(0)=SX(0+)−SX(0−) et sX(f)=dSX(f)df.
Proof. Comme
il suffit de montrer que
Par utilisation de l’isométrie fondamentale X(t)↔ej2πft, on a
On exprime alors les trois intégrales comme suit
Intégrale I3
où RX(τ) est la fonction d’autocorrélation du signal X(t).
Intégrale I1
Résultat similaire après changement de variables u=−f.
Intégrale I2
On pose
Par construction, en notant U(f) l’échelon de Heaviside, la fonction \(\widetilde{S}_X\left( f\right) =S_X\left( f\right) -\Delta S_X\left( 0\right) U(f)estcontinueenf=0\). Alors :
Puisque pour x>0, on a
on en déduit
Par continuité de S~X(f) et par passage à la limite T⟶+∞, on en déduit
Example 5.4 (Le secteur)
Puisque E[X(t)]=0, il suffit de vérifier que ΔSX(0)=0, ce qui est immédiat. En effet, puisque E[X(t)X(t−τ)=A22cos(2πf0τ), la densité spectrale de puissance de X(t) est
et son intégrale s’écrit
d’où
Ceci confirme que le secteur est un signal ergodique au premier ordre.
Example 5.5 (Le carré du secteur)
La fonction d’autocorrélation du carré du secteur est
d’où la densité spectrale de puissance
et son intégrale
On en déduit
qui est différent de 0 lorsque A est une variable aléatoire (non constante). Ceci confirme que le carré du secteur est un signal non ergodique.
5.1.4. Résultats intéressants#
Un signal aléatoire \(x(t)\) est ergodique au premier ordre si et seulement si
où \(c_X(\tau) = E[X(t)X^{*}(t-\tau)] - \left| m\right| ^{2}\) est l’autocovariance de \(X(t)\).
Condition suffisante d’ergodicité au premier ordre :
si \(c_X(\tau) \overset{}{\underset{\tau \to +\infty}{\longrightarrow}} 0\), alors \(x(t)\) est ergodique au premier ordre.
Les preuves de ces résultats sont disponibles dans le livre de Papoulis [Papoulis and Pillai, 2002] (voir Eq. (12.7) p. 526 et Eq. (12.10) p. 527).